1. Google Plus
    2. LinkedIn

    Psychothérapie Belgique

    Photo de Pierre Orban

    Psychologue Psychothérapeute

    N° de commission des psychologues/INAMI881211649

    Consulte à domicile

    Nom d'utilisateur :
    Pierre-Orban
    Sexe :
    Homme
    N° de téléphone :
    0485319170
    Contact :
    Prendre rendez-vous

    Articles

    EMDR et souvenir source : une critique fondée

    dessin homme se tient le menton critique

    Malgré son grand potentiel thérapeutique, certaines critiques de fond doivent être adressées à l’EMDR. Cet article traite de l’une d’elles : la suggestion d’un souvenir source.

    Introduction

    L’EMDR est une thérapie très bien validée pour le traitement du PTSD (Bisson, 2013). Il s’agit d’un protocole précis, souple et structuré qui permet des interventions cliniques utiles même si on se passe du mouvement oculaire. D’une façon générale, il s’agit d’une porte d’entrée intéressante, au même titre que le protocole de Foa (Mc Lean & Foa, 2011), pour découvrir la psychothérapie d’intégration émotionnelle par l’interoception, les émotions et les cognitions (Orban, 2018 ).

    Comme présenté dans un autre article, l’EMDR a été la cible de critiques infondées (Orban, 2017). En revanche, certaines critiques de fond doivent être adressées à l’EMDR. Cet article traite de l’une d’elles : la suggestion d’un souvenir source.

    La recherche d’un souvenir source dans l’EMDR

    Le protocole EMDR demande au praticien d’identifier un souvenir source, c’est à dire un souvenir antérieur à l’événement traumatique qu’il faudra cibler. Tout praticien de l’EMDR sait qu’il arrive d’ailleurs que des troubles cliniques soient déclenchés à partir d’événements perturbants qui résonnent avec un souvenir traumatique. Citons comme exemple une personne qui serait harcelée moralement et qui expérimenterait le même sentiment de terreur et d’impuissance que lorsqu’elle était battue par sa mère. Dans ce cas, si des symptômes de traumatisme apparaissent sur le long-terme, il faudra également cibler le traumatisme réactivé lié à la maltraitance infantile.

    Toujours un souvenir source ?

    Ce n’est pas parce qu’il y a dans certains cas un souvenir source, qu’il y a toujours une image mnésique antérieure à l’événement à intégrer. Quand ce n’est pas le cas, c’est d’ailleurs ce qu’on appelle un trauma simple. Les événements traumatiques dits simples, sont les événements pour lesquels l’EMDR est la mieux validée avec une efficacité en quelques séances rapportée par plusieurs études.

    Il n’y a pas toujours de souvenir source, même s’il y a une histoire (comme nous tous) avec des événements qui furent difficiles à intégrer émotionnellement en leur temps. Et dans l’exemple cité plus haut, la personne peut tout à fait avoir été battue par sa mère sans que cela n’ait un lien avec l’intégration émotionnelle du harcèlement moral.

    La recherche à tout prix du souvenir source : perte d’efficacité et faux-souvenirs

    Le protocole EMDR a le grand défaut de pousser à tout prix à identifier un souvenir source. Indépendamment du mal-être que cette ré-expérimentation peut induire, les données indiquent que ce n’est pas pertinent en termes d’efficacité. Comme rapportés par plusieurs chercheurs (Korn & Leeds, 2002; Maxfield & Hyer, 2002; Shapiro, 2001, cités par l'Institut d'EMDR ), les clients avec traumas multiples et/ou des histoires complexes d’abus infantiles, de négligence ou d’attachement pauvre peuvent demander une thérapie plus étendue, incluant une phase préparatoire (phase II) plus longue. » Aucune donnée sur l’efficacité n’est rapportée alors que les auteurs viennent de décrire l’efficacité de l’EMDR pour les traumas simples ou multiples.

    De plus, la démarche de recherche d’un souvenir source est dangereuse car elle peut induire des faux souvenirs. En effet, il est prouvé qu’il est possible d’induire des faux souvenirs (Henry L. Roediger III and Elizabeth J. Marsh (2009), Scholarpedia, 4(8):3858.) http://www.scholarpedia.org/article/False_memory Et ce, y compris en thérapie comme l’a montré Elisabeth Loftus (http://bfms.org.uk/research/) Nous vous invitons à vous référer au site de la British Society of False Memory » pour davantage d’informations. http://bfms.org.uk/ Dans les cas extrêmes, il y a déjà eu des faits divers de personnes qui après la thérapie par EMDR, étaient convaincues à tort d’avoir commis un meurtre. http://doubtfulnews.com/2013/06/controversial-technique-emdr-used-to-convince-woman-she-murdered-her-assailant/

    Souvenir source : pertinent ou non ?

    La question reste pour le praticien de savoir si le souvenir source est pertinent ou non. Dans mon expérience clinique, je constate que certaines personnes rapportent par elle-même des images intrusives de souvenirs antérieurs à l’événement qu’elles identifient très clairement comme étant en lien avec l’événement. Il n’y a pas besoin de les pousser à identifier ce souvenir source.

    Or dans le protocole EMDR, le praticien va très clairement pousser le patient à trouver un souvenir sources. Comme le dit Shapiro (Manuel d’EMDR, p.131) : « Alors que les victimes d’ESPT ayant pour origine un seul événement peuvent être traitées avec l’EMDR en ciblant le souvenir traumatique, la plupart des patients auront besoin d’un traitement plus complet. Il devrait comprendre le ciblage séquentiel de ses expériences précoces cruciales de préférence,… »

    Illustrons à quel point le protocole est conçu pour qu’il ne se décourage pas dans cette démarche :

    1. * Pour cibler ces événements, le praticien va d’abord demander au patient d’identifier les événements passés où il a eu la même cognition négative. Et afin de cibler le souvenir originel, le thérapeute va donc demander au patient quand il pense avoir eu pour la première fois ces pensées négatives.
    2. * Si le patient ne parvient pas à identifier un souvenir passé, le praticien est tenu d’insister en demandant au patient de se concentrer sur les sensations liées à l’image puis de laisser son esprit flotter vers le passé à la recherche d’un événement (floating back).
    3. * Si le patient ne parvient toujours pas à identifier un souvenir passé, le praticien est tenu d’encore insister en demandant au patient de se concentrer sur la première fois qu’il a ressenti ces émotions et sensations (pont-affect).
    4. * Si aucun événement ne vient à l’esprit du patient, le praticien insiste encore en explorant si des événements dans la famille d’origine peuvent expliquer la cognition négative.
    remember

    Notons que certains auteurs vont même jusqu’à cibler des « empruntes précoces » qui apparaîtraient lors de la période foetale entre 0 et 3 ans ( O'Shea, 2003, 2006, 2009, cité par Delucci, 2010) .

    Conclusion

    L’EMDR est une thérapie très bien validée pour le traitement du PTSD (Bisson & al., 2013). Il s’agit d’un protocole précis, souple et structuré qui permet des interventions cliniques utiles même si on se passe du mouvement oculaire. Toutefois, elle est également constituée de certaines procédures inadéquates voir dangereuses. Il est grave et problématique d’ajouter sans le préciser clairement, des éléments pouvant avoir un impact clinique important et potentiellement très négatif pour le patient, à un protocole qui n’a pas été validé avec ces éléments.

    Cette approche psychothérapeutique peut donc inspirer pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Adaptée et corrigée, elle constitue de façon crédible l’une des thérapies d’intégration émotionnelle par l’intéroception, les émotions et les cognitions.

    Quiz

    Il n'y a pas de sens à cibler des souvenirs antérieurs au trauma.
    Non, cela peut avoir du sens, surtout si le patient fait un rapprochement spontanément à partir d'images intrusives par exemple. Mais il n'est pas adéquat d'induire chez le patient un souvenir source.
    La formation classique à l'EMDR garantit un suivi optimal et en toute sécurité.
    Sous certains aspects, c'est vrai. Par contre, la procédure classique pour l'EMDR si elle est appliquée strictement, peut induire des souvenirs sources au détriment de l'efficacité et du bien-être du patient.

    Sources

    Bisson, J., Roberts, N.P., Andrew, M., Cooper, R. & Lewis, C. (2013). Psychological therapies for chronic post-traumatic stress disorder (PTSD) in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews 2013, DOI: 10.1002/14651858.CD003388.pub4

    Dellucci (2010), La boîte de vitesses: naviguer de manière sécurisée dans la thérapie avec des personnes souffrant de traumatismes complexes

    Henry L. Roediger III and Elizabeth J. Marsh (2009), Scholarpedia, 4(8):3858.); http://www.scholarpedia.org/article/False_memory

    McLean & Foa. (2011) Prolonged exposure therapy for post-traumatic stress disorder: a review of evidence and dissemination. Expert Rev. Neurother. 11(8), 1151–1163

    Shapiro (2007), Manuel d'EMDR (Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires)

    Site de la "British Society of False Memory ": http://bfms.org.uk/

    http://doubtfulnews.com/2013/06/controversial-technique-emdr-used-to-convince-woman-she-murdered-her-assailant/, consultée le 09/02/18

    Orban (2017), EMDR : DES CRITIQUES HÂTIVES ET APPROXIMATIVES, http://pierre-orban.psychotherapiebelgique.be/articles/emdr-des-critiques-hatives-et-approximatives

    Orban (2018), LA THÉRAPIE D’INTÉGRATION ÉMOTIONNELLE PAR L’INTÉROCEPTION, LES ÉMOTIONS ET LES COGNITIONS (IEIEC) : INTRODUCTION GÉNÉRALE, http://pierre-orban.psychotherapiebelgique.be/articles/la-therapie-dintegration-emotionnelle-par-linteroception-les-emotions-et-les-cognitions-ieiec