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    Psychothérapie Belgique

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    L'écriture protocolaire de Pennebaker: propagande subtile?

    carnet de notes

    L'écriture expressive est une technique d'écriture à visée thérapeutique. En apparence, la recherche indique que c'est une méthode efficace. Mais est-ce vrai?

    Présentation de l'écriture expressive

    Psychologie clinique et écriture se rejoignent via trois grandes voies : l’emploi de la production écrite comme une source d’information clinique (Artière, 1998), l’analyse des facteurs psychologiques liés à la création des grandes œuvres (Kauffman & Kauffman, 2009) et l’emploi de l’écriture comme moyen thérapeutique (Lepore & Smith, 2002). Nous ne nous intéresserons qu’à l’écriture comme moyen thérapeutique et plus précisément, à l'écriture thérapeutique proposée avec le protocole de l'écriture expressive ou paradigme de Pennebaker. Il s'agit d'une écriture protocolaire qui se prête bien à une évaluation empirique, au contraire de l'écriture créative dans un cadre thérapeutique qui se prête mieux à une évaluation qualitative.

    livre ouvert

    Plus de deux cents études empiriques comparant des tâches d’écriture ont été publiées (Smyth & Pennabker, 2008). Une grande majorité ont trois points en commun dans leurs consignes (King, 2002) : écrire de façon répétée sur une courte période temps (souvent 3 X 20 minutes), écrire sur un sujet dans le passé, écrire sur un événement personnel significativement négatif. Comme dit plus haut, cette procédure au nom d’écriture expressive ou encore « paradigme de Pennebaker ».

    Des résultats contradictoires

    Cependant, malgré le grand nombre d’étude réalisées, des résultats contradictoires apparaissent. Comme l’ont fait remarquer Sloan et al. (2007, p.155) « Bien que certaines études aient indiqué que l’écriture expressive est associée avec des améliorations de la santé physique et mentale, les données d’autres études ont suggéré que l’écriture expressive pourrait ne pas produire de changements significatifs sur la santé (voir Sloan & Marx, 2004b, pour une revue). Ces résultats équivoques ne sont pas surprenant puisqu’un grand nombre de chercheurs ont fait varier différents aspects de la procédure sans être systématiques ».

    Ce manque de systématisme des chercheurs est lié un manque de coordination de la recherche lui-même influencé par le manque de collaboration entre les laboratoires indépendants.

    La méta-analyse de Fratarolli

    Comment trancher sur l'efficacité de l'écriture expressive? Une solution existe: la méta-analyse. La méthode méta-analytique permet de dépasser en grande partie les problèmes d'indécision face à des résultats contradictoires. . Celle-ci consiste en effet à effectuer des traitements statistiques sur toutes les études de qualité portant sur la question qu’elle traite, ce qui permet de réunir un grand nombre de participants et ainsi d’avoir des résultats plus robustes via le calcul d’une taille d’effet général (Piolat & Bannour, 2011). Elle permet également d’expliquer les variations inter-études en codant leurs paramètres expérimentaux (Frattarolli, 2006 ; Gueguen, Lourel & Pascual, 2007).

    Plusieurs méta-analyses ont été réalisées pour évaluer l'efficacité de l'écriture expressive ou de protocoles d'études proches. La plus connue est probablement cette de Fratarolli qui conclu à partir de 146 études que l'écriture expressive est efficace avec une taille d'effet-r de 0,075. Séduisant mais superficiel.

    personnage avec sourcils frontons et main menton

    L'écriture expressive n'est pas efficace cliniquement

    Il y a contradiction dans les termes lorsque Fratarolli affirme que l'écriture expressive est efficace avec une taille d'effet -r de 0,075.La taille d’effet psychologique est de 0.056 , de 0.073 pour la dépression et de -0.005 pour l’anxiété. On ne devrait donc pas s’attendre à un d de Cohen supérieur à 0.150 pour les facteurs précités. La chercheuse explique que cela peut être représenté à titre de comparaison comme si « 54% des participants dans la condition de traitement voyaient une amélioration, , alors que seulement 46 % des participants dans la condition de traitement voyaient une amélioration » ( p.851). Il faut distinguer la significativité statistique de l'efficacité clinique.

    Notons également que la même année, Mogk, Otte, Reinhold-Hurley et Kröner-Herwig (2006) ont mené une méta-analyse en recherchant également la taille d’effet global de l’écriture expressive et ses modérateurs. Ils sont par contre arrivés à une remise en cause de l’effet thérapeutique de l’écrture expressive.

    Par ailleurs, il n'y a pas de raisons cliniques solides qui puissent expliquer qu'en écrivant 3 X 20 minutes sur un événement négatif du passé, on puisse observer un résultat clinique positif. Comme le reconnaît Pennebaker lui-même: " Ce sont également des circonstances tout à fait fortuites telles que la disponibilité des laboratoires qui ont déterminé le nombre et la durée des séances de la procédure "(Chung & Pennebaker, 2008).

    Conclusion

    Le cas de l'écriture expressive rappel qu'il faut rester critique et prudent face à la présentation que certains chercheurs peuvent faire de leurs études. Cela ne remet en question que le paradigme de Pennebaker. L'écriture thérapeutique protocolaire et l'écriture créative appliquées dans des cadres thérapeutiques restent des démarches qui peuvent être très intéressantes et riches de sens. Par exemple, en cohérence avec la méta-analyse d’Aldao, Nolen-Hoeksema & Schweizer (2010), plusieurs expériences d'écriture thérapeutique ont déjà montré des bénéfices sur la santé associés à la trouvaille de bénéfices même ppour des événements négatifs (King & Miner, 2000 ; Creswell & al., 2007). Il est également évident que des démarches qualitiatives devraient être privilégiées pour évaluer la pertinence de l'écriture créative dans un cadre thérapeutique.

    feuille avec note et mongolfière

    Une petite anecdote intéressante: si on cherche les méta-analyses de Mogk et de Fratarolli sur la célèbre plateforme des checheurs "researchgate", on peut constater que la méta-analyse de Mogk a été citée 17 fois et celle de Fratarolli 609 fois.

    sous-titre Quiz

    On peut toujours se fier à une méta-analyse pour valider une question de recherche.
    Non. Les méta-analyses, si elles ne sont pas bien menées, peuvent souffrir de nombreuses faiblesses comme le rappellent Lipsey et Wilson (2001). Tout d’abord, si les études sont de mauvaise qualité méthodologique, les résultats seront de moindre qualité. Il convient donc de coder la qualité méthodologique des études et idéalement d’effectuer des analyses sans les études ayant des failles méthodologiques importantes. Ensuite, les chercheurs qui choisissent de ne sélectionner que des études publiées afin d’assurer une haute qualité méthodologique s’exposent au risque non contrôlé du biais de publication. Troisièmement, il y a le risque de publier des études traitant de phénomènes différents et dont l’effet global n’a que peu de sens. C’est ce qui est appelé le « problème des pommes et des oranges » (Lipsey & Wilson, 2001). De plus, s’ajoute le risque de modérateurs cachés suite à des « oublis » dans le codage des variables des études. Enfin, la sous-estimation de la variance dans les résultats peut mener à tirer des conclusions sans prendre en compte l’hétérogénéité des données.
    La qualité de la méta-analyse de Mogk est moindre que celle de Fratarolli
    Non. Relativement aux critères de sélection, Mogk et al. (2006) n’ont retenu que les groupes où il était demandé d’écrire sur un événement traumatisant en comparaison avec un groupe contrôle. Frattaroli (2006) a par contre repris plus largement les études demandant aux participants d’écrire sur un événement de vie important ou sur un sujet personnel. Plus précisément, 15 % des études reprises par l’italienne (2006) consistaient à écrire sur des thèmes induisant des émotions positives. Bien qu’elle n’ait pas obtenu d’effet significatif de la valence du thème écrit sur l’effet global, la santé physique, la santé psychologie et l’effet subjectif, ce choix d’inclusion est très questionnable. En effet, les consignes d’EE sont distinctes de celles visant à produire des émotions positives et leur efficacité repose d’ailleurs sur des théories explicatives différentes. Nous nous trouvons typiquement devant le problème des « oranges et des pommes ». Il aurait fallu à minima établir des analyses statistiques distinctes pour ces facteurs. Cela n’ayant pas été fait, on ne peut pas considérer que la méta-analyse de Frattaroli porte strictement sur l’EE. De plus, à la différence de Mogk et al. (2006), Fratarolli (2006) a inclut dans sa méta-analyse des études de qualité méthodologique très variable. Une différence supplémentaire est que les études ayant un suivi d’au moins 1 jour ont été incluses par la chercheuse alors qu’uniquement celles de minimum 4 semaines ont été retenues par Mogk et al. (2006).

    Sources

    Aldao, A., Nolen-Hoeksema, S., & Schweizer, S. (2010). Emotion-regulation strategies across psychopathology: A meta-analytic review. Clinical Psychology Review, 30(2), 217-237. doi:10.1016/j.cpr.2009.11.004

    Artière,P. (1998) Clinique de l'écriture : Une histoire du regard médical sur l'écriture. Paris : Les empêcheurs de penser en rond.

    Chung, C. K., & Pennebaker, J. W. (2008). Variations in the spacing of expressive writing sessions. British Journal of Health Psychology, 13(1), 15-21. doi:10.1348/135910707X251171

    Fratarolli, J. ( 2006). Experimental disclosure and its moderators: A metaanalysis. Psychological Bulletin,132( 6), 823–865. doi: 10.1037/0033-2909.132.6.823

    Guegen, N., Lourel, M., Pascual,A. (2007). La méta-analyse en psychologie sociale : principe, méthode et illustration. Pratiques psychologiques(13), 197–212. doi:10.1016/j.prps.2007.02.002

    Lipsey, M.W, & Wilson, D.B (2001). Practical meta-analysis. Thousand Oaks: Californie.

    Mogk, C., Otte, S., Reinhold-Hurley, B., Kröner-Herwig, B. (2006). Health effects of expressive writing on stressful or traumatic experiences - a meta-analysis. GMS Psycho-Social-Medicine (3). doi: ISSN 1860-5214

    Sloan, D. M., Marx, B. P., Epstein, E. M., & Lexington, J. M. (2007). Does altering the writing instructions influence outcome associated with written disclosure? Behavior Therapy, 38(2), 155-168. doi:10.1016/j.beth.2006.06.005

    Sloan, D. M., & Marx, B. P. (2004). A closer examination of the structured written disclosure procedure. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 72(2), 165-175. doi:10.1037/0022-006X.72.2.165

    https://researchgate.net/publication/26800394_Health_effects_of_expressive_writing_on_stressful_or_traumatic_experiences-A_meta-analysis, page consultée le 23/08/2017.

    https://researchgate.net/publication/6721971_Experimental_Disclosure_and_its_moderators_A_meta-analysis, page consultée le 23/08/2017.