1. Google Plus
    2. LinkedIn

    Psychothérapie Belgique

    Photo de Pierre Orban

    Psychologue Psychothérapeute

    N° de commission des psychologues/INAMI881211649

    Consulte à domicile

    Nom d'utilisateur :
    Pierre-Orban
    Sexe :
    Homme
    N° de téléphone :
    0485319170
    Contact :
    Prendre rendez-vous

    Articles

    L’importance de la mise en action du patient dans le traitement des événements traumatisants

    femme dans les champs

    L’intéroception, les émotions et les cognitions sont souvent des composantes essentielles dans le traitement des traumas, mais cela ne doit pas faire oublier l’action. Cet article aborde l’importance de l’action du patient tant dans la stabilisation que dans l’intégration émotionnelle des événements perturbants émotionnellement.

    L’action comme stabilisateur

    La stabilisation est l’étape préliminaire nécessaire à tout traitement traumatique. Dans le cas de l’EMDR, l’accent est plutôt mis sur les techniques d’imagerie proches de l’auto-hypnose (1), alors que dans le cas du protocole de Foa, l’accent sera mis sur la respiration lente et profonde qui a effectivement reçu un très bon support empirique en termes de gestion du stress (2). Aucun des deux protocoles n’insiste cependant sur l’action comme facteur stabilisateur. On sait notamment que le support social est un facteur protecteur face aux effets négatifs du stress (3). On sait également que les activités renforçantes (agéables, constructives,...) ont un effet antidépresseur (4). Les vertus protectrices du sport relativement à la santé mentale et particulière à l'anxio-dépression sont également très bien référencées (5).

    Quelques études exploratoires ont montré des effets positifs modérés sur le PTSD à s’investir dans des activités agréables de façon systématique et quotidienne (activation comportementale) (6). La plupart des études ont plutôt consisté à étudier l’utilité d’associer l’activation comportementale au protocole de Foa, pour pouvoir traiter le trouble dépressif majeur très souvent associé au PTSD. Ces études ont effectivement montré une plus-value-significative pour la diminution des symptômes dépressifs (7).

    hommes courent sport

    L’impossibilité d’agir comme facteur traumatisant

    Comme l’a fait remarquer Van Der Kolk dans son article «Clinical Implications of Neuroscience Research in PTSD » (8) : « L’un des facteurs les plus critiques qui rend une situation traumatisante est l’expérience de l’impuissance physique- la réalisation qu’aucune action ne peut être prise pour repousser l’inévitable. Le trauma peut être conceptualisé comme une émergence liée à une incapacité du système d’activation physiologique naturel et des sécrétions hormonales naturelles à organiser une réponse effective face à la menace. Plutôt que de produire une réponse satisfaisante de type « combat » ou « fuite », l’organisme s’est trouvé immobilisé. Il est probable que le meilleur modèle animal pour expliquer ce phénomène soit celui du « choc dont on ne peut échapper », où l’animal est torturé sans être capable de faire quoi que ce soit pour impacter sur le déroulement des événements. L’incapacité d’avoir pu se battre ou s’enfuir, c’est-à-dire, l’immobilisation physique, devient une réponse comportementale conditionnée ».

    Brève présentation de la désensibilisation et du retraitement de l’information

    Pour comprendre l’utilité de l’intégration dans l’intégration émotionnelle d’un événement traumatisant, il faut bien saisir ce en quoi consiste la désensibilisation (desensitization), et le retraitement (reprocessing), qui sont finalement des points de vues différents sur un même processus. Pour ce faire, nous nous baserons sur le très bon article de Foa et Mc Lean intitulé « la thérapie d’exposition prolongée pour les troubles post-traumatiques » (9) : une revue des preuves et de la dissémination. » Le principe de l’exposition appliquée à un trauma consiste à s’exposer aux images, pensées, objets, situations, qui déclenchent les symptômes de traumatisme (stimuli conditionnés) dans des situations où le résultat est neutre ou positif (à la place du stimulus inconditionné de départ, c’est à dire, l’événement traumatique). Le principe de la théorie d’intégration émotionnelle consiste quant à lui à dire qu’il faut activer une structure de peur pour ensuite fournir une nouvelle information qui est incompatible avec celle-ci.

    Dans les deux cas, l’objectif est donc d’amener le patient à se connecter avec l’expérience traumatisante, pour ensuite l’intégrer et apporter des corrections à patir de ressources et d'un environnement sécurisant. Comme le rappel Foa et Mc Lean, « l’activation de la peur seule n’est pas suffisante »

    L’action comme moyen d’exposition et de retraitement

    Le sentiment d’impuissance, le sentiment d’être incapable d’agir, font partie des réponses qui sont souvent déclenchées de façon inadaptée par des stimuli conditionnés. Comme l’a bien résumé Van Der Kolk : «L’incapacité d’avoir pu se battre ou s’enfuir, c’est-à-dire, l’immobilisation physique, devient une réponse comportementale conditionnée ». On peut dire en d’autres termes, que la mise en action fournit une nouvelle information qui peut favoriser l’intégration de la structure traumatique.

    L’application concrète dans la pratique clinique est que pour optimiser le traitement, il peut être intéressant d’inviter le patient à envisager des pistes concrètes d’action en lien avec la structure traumatique. Il faut toutefois vérifier que les actions sont rationnelles et non des réponses conditionnées à la structure de peur. Il peut s’agir d’expériences concrètes d’exposition, de démarches pour éviter que cela ne se reproduise (cours d’assertivité chez une personne harcelée moralement par exemple) ou encore les démarches d’aide à d’autres victimes.

    Dans cette même perspective, le protocole des lettres, dérivé du protocole des lettres de Delucci (10), ou l'aide ) soi-même, peut être intéressant chez les personnes qui ont de bonnes ressources: la personne actuelle apporte du soutien, du réconfort, une aide, à la partie traumatisée d’elle-même qui se sent impuissante.

    lettre avec mongolfière

    Sources

    1. Shapiro (2007), Manuel d'EMDR: Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires

    2.Brown, R. P., Gerbarg, P. L., et Muench, F. (2013). Breathing Practices for Treatment of Psychiatric and Stress-Related Medical Conditions. Psychiatric Clinics of North America, 36(1), 121-140. doi:10.1016/j.psc.2013.01.001

    2. Perciavalle, V., Blandini, M., Fecarotta, P., Buscemi, A., Corrado, D. D., Bertolo, L., . . . Coco, M. (2016). The role of deep breathing on stress. Neurological Sciences, 38(3), 451-458. doi:10.1007/s10072-016-2790-8

    3. Mayoral, L., Chancellor-Freeland, C., et Hosoda, M. (n.d.). Stress, Depression, Social Support, and Sleep. PsycEXTRA Dataset. doi:10.1037/e650592007-001

    4. Cuijpers, P., van Straten, A., et Warmerdam, L. (2007). Behavioral activation treatments of depression: A meta-analysis. Clinical Psychology Review, 27(3), 318-326. doi: http://dx.doi.org/10.1016/j.cpr.2006.11.001

    5.Bartley, C. A., Hay, M., et Bloch, M. H. (2013). Meta-analysis: Aerobic exercise for the treatment of anxiety disorders.Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry, 45, 34-39. doi:http://dx.doi.org/10.1016/j.pnpbp.2013.04.016

    5.Lindwall, M., Gerber, M., Jonsdottir, I. H., Börjesson, M., et Ahlborg, G. (2014). The relationships of change in physical activity with change in depression, anxiety, and burnout: A longitudinal study of Swedish healthcare workers. Health Psychology, 33(11), 1309-1318. doi:10.1037/a0034402

    6. Jakupcak M, Roberts LJ, Martell C, Mulick P, Michael S, Reed R, McFall M. A pilot study of behavioral activation for veterans with posttraumatic stress disorder. Journal of Traumatic Stress. 2006; 19:387–391. [PubMed: 16789005]

    7. Gros, D. F., Price, M., Strachan, M., Yuen, E. K., Milanak, M. E., et Acierno, R. (2012). Behavioral Activation and Therapeutic Exposure: An Investigation of Relative Symptom Changes in PTSD and Depression During the Course of Integrated Behavioral Activation, Situational Exposure, and Imaginal Exposure Techniques. Behavior Modification, 36(4), 580-599. doi:10.1177/0145445512448097

    8.BESSEL A. VAN DER KOLK (2006), Clinical Implications of Neuroscience Research in PTSD, Psychobiology of Posttraumatic Stress Disorder: A Decade of Progress (1071), p.6-7, traduit par nos soins, mis en italique par nos soins.

    9. McLean et Foa. (2011) Prolonged exposure therapy for post-traumatic stress disorder: a review of evidence and dissemination. Expert Rev. Neurother. 11(8), 1151–1163

    10.Dellucci (2010), La boîte de vitesses: naviguer de manière sécurisée dans la thérapie avec des personnes souffrant de traumatismes complexes.